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Mon rayon de soleil, Sharly, est décédé le 8 novembre 1998. Aujourd'hui, je suis une survivante et je me suis reconstruite tranquillement avec le temps. Je souhaite vous partager cette route rempli de larmes et de bonheur. Bonne lecture

Extrait d'un chapitre: "Ma vrai vie"

Lorsque j’essais de repenser aux émotions que je vivais à cette époque, je ne vois aucune émotion, comme si j’avais le cœur gelé en attendant de digérer la nouvelle. Parfois j’étais juste choquée par l’injustice de la vie. Mais même cette colère ne pouvais s'exprimer.... j’avais mal au ventre, c'était trop fort.

Longtemps j’ai vécu le jour sur le pilote automatique. Je faisais ce que je devais faire, sans émotion, sans joie, sans rien. Juste le minimum et je vivais, la nuit, en rêve. Je rêvais à ma VRAIE vie AVEC ma fille, tel qu'elle aurait dû être. Que j’aimais ces rêves… La nuit, je recommençais complètement ma journée, mais avec elle comme si Sharly n'était jamais partie.

" Qu'est-ce que tu mange ce matin ma chérie ? "

" Viens on va te faire des lulus "

" Qu'est-ce que tu as fait aujourd'hui à la garderie "

" Une dernière glissade et on rentre à la maison, ok "

" Pourquoi maman il y a.... "  " Parce que...."

" Maman fini la vaisselle et c'est l'heure du bain cocotte "

" Oui, ma chérie maman mange des chips et du fromage.... oui Ian aussi en mange, fais dodo là maintenant, il y a la garderie demain "

Des petits coucous de la vie, des choses simples. J’avais du plaisir, je riais et m’amusais. Dans mes rêves avec elle... j’étais vivante. Sans elle, je n'avais pas de vie ou plus tôt, ma vie était un non sens en soi, une aberration.

J’ai fait ces rêves pendant les deux premières années. Ils m’ont tellement fait de bien. Je crois qu'ils m'ont permis d'exprimer et de vivre mon incompréhension, mon refus d'accepter la réalité et du même coup faire avancé mon deuil.

Extrait d'un chapitre: "Incrédule"


Jours après jours, j’étais incrédule. Je m’attendais à me réveiller à tout moment et à me faire dire que c’était des fausses peurs et qu’elle était toujours vivante. Je me suis inventée toutes sortes de scénario...

Ils lui avaient donné un produit spécial pour l'arrêter de respirer durant quelques heures à l'hôpital pour ensuite la réanimer et l'envoyer en Sibérie faire des études mystérieuses sur les enfants... Et Sharly était TOUJOURS EN VIE.

Ou encore...

Une famille de milliardaire qui cherchait désespérément à remplacer leur petite fille blonde décédée avait manigancé un accident pour nous enlever notre fille. Et c'est leur fille que j'ai bercée tout le long à l'hôpital... Et Sharly était TOUJOURS EN VIE.

Mais le pire...

J'ai encore l'image de celui-là et il n'est pas joli, donc je vous fais grâce des détails. Elle était dans le coma et les docteurs ne s'en sont pas aperçus et durant l'embaumement elle s'est réveillée telle une momie... Et Sharly était TOUJOURS EN VIE.

N'importe quoi, sauf la mort. Elle aurait pu être n'importe où, avec n'importe qui, il me semble que c'est moins pire que la mort. La mort c'est la fin. Il n'y a pas de revenez-y, c'est la rupture finale avec la vie.

Je m'excuse pour ceux que ça touche, peut-être que je ne sais vraiment pas de quoi je parle, mais je crois comprendre aujourd'hui pourquoi les parents d'enfants disparus ne peuvent jamais faire leur deuil. Moi j'ai bercée ma fille décédée durant plusieurs heures. J'ai resté à côté d'elle durant tout le service funéraire. Et malgré tout je suis incrédule. J'ai toujours espoir de la revoir, que c'est un cauchemar.

Je m'invente des scénarios qu'elle est vivante quelque part et qu'un jour je vais la retrouver. On va se faire un câlin d'une semaine et plus jamais on va se séparer. Un jour elle va revenir.... un jour elle va revenir dans ma vie.... je vais l'attendre et être bien patiente.... et un jour elle sera avec moi.

Extrait d'un chapitre: "Pourquoi ?"

Comment vit-on après ?

Ma fille est morte.

J’ai 21 ans.

Je ne suis maintenant qu’une simple jeune femme sans enfant.

Du plus loin que je me souvienne, je rêvais d’avoir des enfants… c’était le but de ma vie. J'avais dont hâte de grandir et d'avoir mes vrais bébés à moi. Comment la vie pouvait-elle m’enlever mon rayon de soleil. Injuste, tout simplement injuste ! Je ne veux plus d'enfant. À quoi ca sert si c'est pour risquer de les perdre encore...

Il y a tellement d'enfants dans le monde qui sont malheureux, qui souffrent. Des parents horribles qui les maltraitent... pourquoi elle et pas eux ?

Ça fait trop mal ! C'est.... y'a pas de mot. Il me semble qu'on aurait pu me couché sur le dos m'ouvrir avec un couteau, me sortir toutes les trippes et me laisser là, ca aurait été moins pénible. J'aurais même dit merci.

Je suis vide, j'ai un trou béant dans le ventre.

Mon dieu pourquoi ?

J’ai toujours fait confiance en la vie en sa justice. J’ai toujours pensé qu’en faisant le bien on récoltait de belles choses. Ma vie allait bien, j’étais heureuse dans mon couple, on formait une belle famille recomposée. Nous souhaitions même avoir un autre enfant.

Je ne comprends pas. Pourquoi ?

Perdre un enfant, c’est irréel, on enterre ses parents, pas ses enfants.

J’ai perdu ma fille.

J'ai perdu mon identité de mère.

J'ai perdu ma confiance en la vie.

J'ai perdu ma naïveté.

J'ai perdu mes repères.

J'ai perdu mes intérêts.

J'ai perdu TOUT.

C’est comme si tout ce que je croyais de juste et de normal dans la vie venait de s’écrouler.

Comment peut-on faire des projets et relevé des défis sans confiance qu’il va y avoir un demain et que ce demain sera sûrement beau.

Ça m'intéresse pas de tout façon, je veux ma fille, vous n’avez pas le droit de la garder avec vous, elle est à MOI.

Ouf !!! la première semaine est publiée....

J'ai écris tous ces chapitres (L'horreurLa berceuseLe retourLes rites et les gens, La cérémonie)entre les 11 ans de Sharly et mes 30 ans. Soit en 2007.

Écrire ces évènements a demandé à mes proches de l'énergie et du courage. Ils avaient meilleure mémoire que moi pour la chronologie et les petits détails. Merci. Je ne vous nomme pas, mais sachez vous reconnaître, parce que vous m'avez aidé à passer à travers et devenir ce que je suis. Comme je le dis souvent, j'ai jamais trouvé de positif dans sa mort, je ne crois pas et je me refuse de croire que c'était une bonne chose. Mais je peux reconnaître que j'ai trouvé beaucoup de positif dans son court passage dans ma vie et dans le deuil qui en a suivi. Merci la vie de m'avoir permis de mettre au monde un magnifique soleil et de lui donner la chance de partager encore ma vie à sa façon.


Avant d'écrire sur ces évènements j'étais incapable de repenser à l'hopital, d'entendre quelqu'un parler d'un accident, d'être touché par quelqu'un de mort. Pourtant mon deuil était bouclé selon moi. J'ai écrit la première année de deuil et j'ai rangé mon texte dans le fonds de mon ordi pour sortir ma tête de l'eau. J'avais encore besoin de temps pour nettoyer toute cette souffrance. C'est quand je m'y suis replongé presque 2 ans plus tard que j'ai pu me libérer enfin.

Aujourd'hui je peux vous le partager et je peux même entendre votre souffrance...

Merci la vie d'avoir mis l'écriture sur ma route.

Il fait encore beau soleil aujourd'hui :)



PS: Je vous ai mis une petite photo (ici) si vous regardez bien vous verrez ses orteils encore toutes bleues ;)

Extrait d'un chapitre: "La cérémonie"

L’histoire de Sharly a été médiatisée et a touché beaucoup de gens. Le salon funéraire a été rempli de gens durant toutes les journées de services. Il y avait des fleurs et des témoignages de sympathie partout. Certaines personnes ont été incapables de se rendre au salon.

Moi j’ai resté au pied du cercueil de ma fille tout le long, sans versé une larme et je n’arrêtais pas de lui toucher. J’avais besoin de lui toucher, de touché sa petite main, de caresser sa joue, de flatter c’est cheveux ou de l’embrasser. J'ai immortalisé ce moment, comme celui de l'hôpital et merci mon dieu ces moments précieux sont encore avec moi.

Dans son petit lit blanc je lui ai laissé son ourson Teddy pour qu’il repose près d’elle. Ian lui a mis sa chaîne avec son initial à lui comme pendentif. Il y avait des photos d'elle partout sur elle. Des témoignages de sa vie. 

Lorsque les gens sont parti à la fin du service, je me suis couché la tête sur sa poitrine et je lui ai parlé. Pour moi elle était encore là. J’ai replacé les souvenirs dans le cercueil autour d’elle, j’ai repris mes photos et j’ai laissé le responsable refermer la petite tombe. Nous avons suivi cette petite boîte toute blanche, jusqu’à l’église. Je ne l'ai pas quitté des yeux.

Durant la cérémonie, je n’ai rien vu d’autre que ce petit cercueil blanc, je revoyais encore le service de ma grand-mère avec son cercueil gris tellement plus grand. Il était inconcevable que ma fille, ma propre fille, soit là dans cette boîte massive…. On m’a dit que j’ai pleuré, la marraine de ma fille était à mes côtés avec Ian, tandis que mes parents étaient au banc en arrière de moi. Mon père me tenait les épaules avec émotion et je me rappelle que les gens étaient très émus. Le reste est flous aujourd'hui, il ne me reste que ça et c'est le plus important.

J’ai demandé au curé de faire jouer ‘’ La vie est si fragile ‘’ de Luc de la Rochelière à la fin du service. Je ne voulais pas passé à côté de cette réalité de vie si fragile qui touche tous les gens de tous les milieux. J’avais besoin de sentir que je n’étais pas la seule confrontée à cette dure réalité. Nous étions le 11 novembre 1998, une journée grise et froide, mais assez douce pour nous permettre de l’inhumer au cimetière. C’est incroyable d’être là au service de ma fille de deux ans, sept mois et douze jours. Elle qui était tellement vivante comme petite fille, elle arrivait dans une pièce et tout le monde avait le sourire. Elle était radieuse et dégageait une joie de vie et une énergie positive contagieuse. Un vrai petit ange de plus pour le ciel.


Chanson : Si fragile de Luc de Larochellière




Extrait d'un chapitre: "Les rites et les gens"

J’ai participé à toutes les étapes du processus funéraire, sans réaliser vraiment ce qui arrivait. Les rituels sont bien fait, ils aident à affronter tranquillement le choc, ils nous gardent occupé et nous permettre petit à petit d’entrevoir la perte, j’ai bien écrit entrevoir, car la réalisation de la perte n’était pas pour demain dans mon cas. Ils nous permettent aussi de recevoir l'amour des autres et cet amour nous aide plus tard pour les autres étapes.

Nous sommes allés au salon funéraire, ma mère et moi, choisir le cercueil et le déroulement du service. Mon dieu que les salons funéraire ont une odeur particulière. Quand je repense à cette odeur, j’ai toujours un serrement au cœur et à la gorge même encore aujourd’hui. C’est une autre odeur que je n’oublierais pas. Et il va falloir que ce soit des gens vraiment proche pour que j'y retourne, je m'excuse d'avance.

... petite coupure désolée ... 

Par la suite, nous nous sommes rendus au presbytère et j’ai dû négocier avec le curé pour que ma fille ait une petite cérémonie religieuse, même si elle n’était pas baptisée.

Je n’ai pas voulu la faire baptisé par la religion catholique lorsqu’elle est née, comme moi je l’ai été. Le père de Sharly et moi avions assisté aux cours de préparation au baptême et nous trouvions que ce n’était pas respecter les valeurs de l’église en baptisant notre fille sans croire à cette religion. Pourtant, nous avions tous les deux la Foi. Puis, nous nous sommes séparés lorsqu’elle avait 5 mois et on ne sait jamais reposé la question.

Je trouvais pourtant essentiel d’avoir une cérémonie funéraire à l’église. Mes réflexions de valeurs de l’époque était sans importance maintenant, j’avais de BESOIN d’avoir une cérémonie pour MA fille, j’avais de BESOIN d’entendre qu’elle était un ANGE de Dieu rappelé à lui pour faire du bien sur la terre. C'était PRIMORDIAL. Il ne pouvait pas y avoir LE vide pour célébrer sa mort, il prenait déjà assez de place comme ça. Et mes principes, pfft! Qu'ils aillent au diable ! :)

Ma mère a expliqué au curé qu’étant donné que nous ne l’avions pas fait baptiser elle l’avait baptisée elle-même chez elle. Ma mère n’a jamais compris pourquoi nous ne l’avions pas fait baptiser à l’époque. Je me rappelle que cette décision lui a fait beaucoup de peine, mais j’avais des idéaux et je les respectais. Il n’y avait pas d’autre explication aussi plate soit-elle. Nous avons été honnête devant le curé ma mère et moi et je crois qu’il a compris mes raisons et senti ma Foi. Il a accepté de lui faire une cérémonie des anges partielle, puisqu’elle n’était pas baptisée officiellement. Merci.

Extrait d'un chapitre: "Le retour"

Mes parents ont fait l’annonce à l’ensemble de la famille par une chaîne téléphonique. Je tenais à  téléphoner moi-même à la marraine de Sharly. J’ai demandé à S. le copain de mon amie M. de lui annoncer lui-même la nouvelle. Je n’ai aucun souvenir de ces appels, je ne sais pas comment j’ai fait tout ça, à ce moment-là. Je devais le faire et je l’ai fait tout simplement.

Je ne sais trop ce que j’ai fait ce soir là, je crois que je ne réalisais pas du tout ce qui était arrivé. Il était assez particulier de me retrouver chez mes parents, sans conjoint et sans enfant, de dormir dans mon ancienne chambre seule, terriblement seule ! Tout était comme surréel, c’est comme inconcevable d’imaginer ce qui vient de ce produire que j’ai perdu ma fille. C’est un cauchemar, je vais sûrement me réveillé bientôt.

J’ai malgré tout réussit à dormir avec mes somnifères, son pyjama rose de Winnie, son ourson Teddy et mes larmes.

Ian sorti de l’hôpital le lendemain. Il avait une fracture du nez, une entorse à la cheville, un écrasement du sternum et une commotion cérébrale. Mon beau-frère et mon frère se sont déplacé pour lui, moi j’étais léthargique. Sharly est morte d’une fracture du crâne et d’une fracture de la colonne cervicale accompagnées de multiples hémorragies de l’abdomen.

Nous nous sommes plus ou moins parlé et collé durant les premiers jours, Ian avait de la peine et se sentais coupable. Moi j’étais envahi par ma peine et je ne voyais rien d’autre. Nous avions chacun nos émotions à vivre et le choc ne s’encaissait pas de la même façon pour nous deux. De toute façon au début nous avons même fait un peu chambre à part… sans rapport avec notre affection. Simplement parce qu'il avait une fracture du nez et sentait le sang.... Vous savez cette odeur indescriptible, inoubliable. Les docteurs lui avaient mis des genres de tampons géants dans le nez qui l'obligeait à respirer par la bouche. La première nuit de son retour, lorsque j’ai mis le pied dans la chambre où il dormait déjà... le sang… ça sentait juste le sang… un coup de poignard droit dans le cœur. J'ai ressenti l'horreur de l'hôpital, j'ai entendu le docteur... j’ai préféré dormir sur le divan dans le salon.

Extrait d'un chapitre: "La berceuse"

Je suis entrée dans la petite salle… ma mère la berçait en tenant sa petite main. Mon dieu ! Mon bébé !!!

Une odeur de sang m’a rempli le nez, une odeur indescriptible impossible à oublier. Qui est gravé dans ma mémoire.

Je l’ai prise dans mes bras, il y avait une chaise berçante et je l’ai bercé.

Pour être avec elle, pour lui dire au revoir. Pendant des heures je l'ai bercée, le temps s’était arrêté.

Sa main était toute chaude, son petit corps si froid et si meurtri.

Je n’ai pas versé de larmes. Je n’avais pas le droit, j’étais là pour elle, j’étais avec elle pour la dernière fois... 

Ma fille avait deux ans, sept mois et douze jours. Elle était née au moment précis où le soleil se levait par un beau jour de printemps. Elle était comme le rayon de soleil et réchauffait le cœur. Elle avait de magnifiques yeux bleus pétillant, elle était bien plus sage que son âge et avait dont hâte d’avoir 3 ans pour être grande enfin.

Ma tante m’a raconté les détails de l’évènement, mes parents et ma tante se suivaient de peu sur l’autoroute, la famille de mon père s’était réunie à Québec pour le week-end et chacun s’en retournait chez eux. Ils étaient arrivé sur les lieux de l’accident parce qu’ils suivaient sans le savoir la même route que Ian. Ma tante étant infirmière, elle a été le premier secours sur place et a fait les premier soins à ma fille, mais il n’y avait rien à faire elle n’avait pratiquement pas de pouls, elle avait une sérieuse blessure au crâne et ma tante est certaine d’avoir entendu son dernier souffle. Après le départ des ambulances, mon oncle et ma tante ont attendu mes parents sur le côté de l’autoroute. Il y avait un bouchon de circulation causé par l’enquête, mes parents sont finalement arrivés sur les lieux et ils ont aperçu mon oncle et ma tante qui leur faisait des grands signes. Je ne sais trop ce qu’ils se sont imaginés à ce moment-là.

Ma tante leur a dit : ‘’ Martine, c’est ton gendre, il a eu un accident’’

‘’Geneviève était-elle avec lui ?’’

‘’Non, mais Sharly oui, fait vite, c’est grave…’’

Ma mère m’a dit, lorsque nous en avons rediscuté dernièrement, qu’elle était certaine qu’il y avait un mort dans l’accident, elle l’avait pressenti, sans savoir que l’accident était celui de Ian. Avant d’arrivée sur les lieux, ils écoutaient le radio amateur et les camionneurs discutaient de la voiture emboutie et de l’accident. Ils répétaient tous qu’il ne devait pas rester grand-chose des occupants de cette petite voiture.

Ma mère dit ne pas se rappeler d’avoir vue l’auto, mais elle revoit très bien le banc de Sharly qui était à l’extérieur et d’un tas de linge, probablement les restes du manteau. Durant le trajet, ma mère était très inquiète et répétait à mon père que Sharly était morte. À l’hôpital, lorsqu’elle a demandé à voir Sharly et Ian, ils ont dit de patienter dans la salle, parce que les patients venaient tout juste d’arriver, ma mère a répété à mon père que Sharly était décédée, puisqu’on ne pouvait la voir et qu’il fallait attendre le médecin.

Mon père a quant à lui un très bon souvenir de la voiture et particulièrement du toit au niveau du banc arrière, qui était complètement écrasé. Lui aussi croyait que l’accident était très grave.

Je berce toujours ma fille, je suis bien avec elle, figée dans le temps. J’écoute cette histoire, mais c’est comme un compte rendu de roman savon qu’on me raconte, pas l’histoire de la fin de ma fille...

Elle a ses petits pieds nus, il y a deux ongles d’orteils qui sont encore tacheté de bleu de méthylène…

Je souris en repensant à cette journée où tout était bien tranquille dans la maison quand tout à coup nous avons entendu un cri provenant de la salle de bain. Ian et moi avons accouru voir Sharly… Mon dieu, nous avons tellement rit… Sharly étant très curieuse et elle avait fouiné sous l’évier de la salle de bain. Elle avait ouvert et renversé la bouteille de bleu de méthylène qui était pratiquement pleine. Elle en avait sur les orteils et le plancher de céramique blanche était maintenant bleu. Nous n’avons pas eu besoin de la disputé… de tout façon nous étions tellement tordu de rire… Malgré tout elle a eu une bonne leçon, car elle a eu tellement peur de resté toute bleue… comme les schtroumpfs.
 
J’en ai tellement des bons souvenirs d’elle… mon dieu qu’elle est jolie ses petits doigts sont si mignon. On dirait qu'elle dort. Dors mon bébé, maman veille sur toi. Je t'aime mon amour. Comme tu es déjà grande. Dire qu'avant tu étais dans mon ventre. Dieu qu'on a vécu des choses ensembles. Tu es si belle.

Après je ne sais trop combien de temps, là figé dans le temps avec mon petit ange, je me suis spontanément mise au mode gestion de crise avec une lucidité et une froideur remarquable, j’ai demandé à mon père de rejoindre le père de Sharly pour lui demander de venir voir sa fille.

J’ai demandé si on pouvait donner ses organes. On m’a dit que dans son cas il n’y avait que les yeux qui étaient viable. Ils sont venus mettre un produit dans ses yeux. Elle avait tellement des beaux yeux bleus, j'espère qu'ils vont faire le bonheur de quelqu'un.

Puis, je me suis intéressé à Ian.

Ian a failli y rester lui aussi, la voiture a fait des tonneaux sur 150 pieds, mais dans plusieurs sens… lorsque la voiture à rencontrer le bout du garde-fou, l’arrière s’est soulevé et l’auto s’est retrouvée à l’envers après plusieurs tonneaux. Au premier tonneau elle a retombé sur le garde-fou au niveau du miroir du conducteur, soit à un pied ou deux de la mort probable de Ian.

Il n’était pas loin dans un lit de la salle d’observation, seul, on ne lui avait pas dit, mais il savait. Il m’avait entendu crier.

‘’Je m’excuse… je m’excuse… ’’ m’a-t-il dit.

Mais il s’excusait pour rien, je ne lui en voulais pas. C’était un accident, il ne le souhaitait pas. Comment aurais-je pu lui en vouloir, il avait autant de peine que moi.

Ian a refusé de voir Sharly à l’hôpital, j’imagine qu’il s’en voulait terriblement.

La mère de Ian est arrivée. Je l’ai laissé entre ses mains, avec sa peine. J’ai dit adieu à ma fille une dernière fois et ma mère et mon père m’ont ramené chez eux avec une jolie prescription de somnifères. Il faisait noir à notre départ de l’hôpital.

Extrait d'un chapitre: "L'Horreur"

En après-midi, le téléphone a sonné… un de mes oncles à qui je n’ai pas parlé depuis 8 mois au moins m’appelle d’un cellulaire. Ils m’avisent que ma fille et Ian sont en route pour l’Hôpital de Joliette…

‘’ Geneviève fais vite, va les rejoindre ’’

Mon oncle et ma tante n’ont pas mis de gant blanc, ils m’ont résumé l’essentiel de l’information à savoir, sans trop m’en dire. Ils étaient visiblement ébranlés.

‘’ Ian a eut un accident d’auto à la hauteur de Berthier. On ne sait pas trop ce qui est arrivé ’’

‘’ On vient juste de voir Ian en voiture sur la 40, il roulait normalement, il ne roulait pas vite…’’

‘’ Il a rentré dans le bout du garde-fou.’’

‘’ Il a fait des tonneaux. ’’

‘’ Sharly a été éjecté du véhicule. ’’

‘’ Ta tante lui a fait les premiers soins… ’’

‘’ Geneviève, elle vomissait…’’

Il est encore difficile de repenser à cet instant où je sens le battement de mon cœur dans toutes les fibres de mon corps et que mon sang fige dans mes veines. La situation est surréelle avec cet oncle qui me téléphone… Je ne sais même pas comment il a obtenu mon numéro, nous venions de déménager. Qu’est-ce qu’il faisait là avec Ian ? Leurs mots résonnent…

Mais, j’en ai déjà eu moi des accidents et des coups durs dans la vie, alors je me mets complètement en mode gestion de crise, mon cerveau fonctionne à 200 %, je prépare des bagages pour Ian, Sharly et moi-même, j’emporte son pyjama rose de Winnie avec des livres qu’elle aime et d’autres petits détails, je vais prendre une douche en prévision d’un séjour prolonger à l’Hôpital. J’appelle ma sœur pour qu’elle puisse m’emmener à l’Hôpital et sur ses conseils j’appelle à Joliette pour avoir des nouvelles…

‘’Madame votre fille C’EST un bon trauma FAITES VITE !’’

J’attends ma sœur…

Elle quitte l’Épiphanie pour se rendre chez nous à ville d’Anjou, soit à trente bonnes minutes. Je n’ai jamais vu le temps passé, je n’étais pas là et totalement présente en même temps.

Ma sœur est maintenant là, nous partons pour quarante-cinq minutes de voiture. Ma sœur discute…

‘’ Sharly est forte, elle va passer par-dessus n’importe quoi ’’

Je réponds, mais je ne suis pas là.

‘’ Elle vomissait, c’est grave ! ’’

‘’ Sharly est forte !’’ Insiste ma sœur.

Pour moi la terre ne tourne plus, je suis comme sur pause en attendant de voir ma fille et Ian.

Nous arrivons à l’Hôpital, mon père est à l’extérieur des urgences et semble ébranlé… que fait-il là ? Qu’est-ce que Sharly a ? 

‘’ C’est pas beau ! C’est pas beau ! Elle est maganée ! ’’ Dit mon père complètement défait et ému.

Nous entrons aux soins intensifs, les infirmières nous arrêtent…

‘’Je viens voir ma fille Sharly et mon conjoint Ian, ils ont eu un accident.’’


‘’Ah! Vous êtes LA maman ! Attendez dans cette salle, le docteur va venir vous voir.’’

‘’Qu’est-ce qu’elle a, est-ce grave ?’’ demande ma sœur.

Pareil à un robot l’infirmière répète :

‘’ Le docteur va venir vous voir.’’

Le docteur est arrivé, et comme dans n’importe quel film ou téléroman à l’eau de rose… la même scène, le même genre de salle. Et, pourtant, jamais au grand jamais j’aurais deviné. J’étais profondément convaincue qu’elle serait dans le coma, que ça serait long, mais que tout irait bien après on serait ensemble et on passerait à travers.

Le docteur arrive…

‘’ Lorsqu’on nous a amené Sharly, nous avons tout tenté pour la réanimer, il était trop tard, elle était trop blessée, surtout à la tête, nous n’avons pu que constater…’’

Je ne bouge plus.

‘’Elle est morte !?!’’ a dit ma sœur.

Le docteur fait oui de la tête et reste sans voix.

J’ai crié.....

J’ai tellement crié…

J’aurais vomis tout ce que j’avais dans le corps, mais je crie, du plus profond de mon cœur, je crie.

Je crie encore.

Puis, je me suis arrêter d’un coup après je ne sais trop combien de temps.

‘’Pourrais-je la voir ?’’

‘’Oui certainement, votre mère et votre tante sont avec elle’’

Pourquoi maintenant ?

Je ne sais pas trop pourquoi maintenant, mais ce matin et depuis quelques jours je ne suis pas trop dans mon assiette et écrire me fait toujours le plus grand bien dans c'est moment là. J'aime pas être déprimée, donc j'ai décidé de me soigner....

Pourquoi je suis à côté de mes pompes... pfftt !!! L'été est finie et ma session d'université va recommencer et j'ai pas avancé mon livre d'une miette. Je dois encore remettre et remettre... je suis tannée !!

Ca fait 4 ans que j'ai commencé ce projet qui m'a fait énormément grandir. Je commence à me dire qu'il ne se rendra jamais à la maison d'édition. Même encore là j'en ai pour 18 mois avant qu'il puisse se rendre en librairie... s'il est choisi évidemment.

Un blog c'est une belle fenêtre qui me permettra peut-être de rejoindre une maman ou un papa qui vit ou a vécu la même chose ou peut-être même n'importe qui avec du coeur et à qui je vais donner le goût de faire un câlin de plus à un être cher. De toute façon, j'ai jamais eu l'intention de faire des millions avec le projet de livre, juste faire du bien et transmettre l'Espoir.

Donc, je suis allée fouiner sur le blog à mon amie Carina et elle m'a inspriré. J'ai commenté son post et j'avais encore soif d'écrire.... j'ai osé tester la création d'un blog et voilà où j'en suis.

Si vous me le permettez je vais vous publier cette semaine l'horreur, la berceuse et le retour les 3 premiers chapitres de mon livre, mais ils sont écrits avec beaucoup d'émotion donc... peut-être qu'ils vont vous touchez. Je crois juste que pour vous parler de mon histoire, je dois vous partager le commencement et malheureusement ce commencement n'était pas joli du tout.

Je ne resterais pas dans le passé, mon histoire est actuelle, c'est la vie... ma vie que j'ai rebati lentement au début à reculons, mais toujours vers l'avant.

Puissiez vous avoir du plaisir à me lire comme j'en ai à vous écrire. Moi, je me sens déjà un peu mieux...

Il fesait tout gris ce matin quand je me suis levée, il a même plu un tout petit peu. Il est midi et le soleil sort, le ciel est tout bleu. Je crois que mon ange à moi me donne son accord pour ceci

@+

Ge

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Extrait d'un chapitre: "Les Marguerites"

Ma fille a vécu 2 ans 7 mois et 12 jours. C’est court, très court pour une vie. Je me suis demandée ce qui allait se produire lorsque ca allait faire plus longtemps qu’elle était décédée qu’elle a vécu…

C’était en juin, nous nous sommes levés un beau matin dans notre super mini bungalow. J’étais enceinte de 7 mois. Et ce matin là lorsque nous sommes sortis dehors. Un miracle s’est produit. Sur notre terrain, il y avait des centaines de marguerite qui avait fleurie comme par enchantement.

" C’est magnifique !!! " nous nous sommes exclamés

" Ma parole, est-ce vraiment aujourd'hui... Chéri, aujourd’hui, ça fait 2 ans 7 mois et 12 jours que Sharly est décédée "

" Elle est venue de nous dire au revoir "

J'ai fermé les yeux, je me suis tournée vers le soleil et je lui ai parlé dans mon cœur

" Je t’aime mon amour, ta vie a été bien courte, mais elle a été merveilleuse. Je te remercie d’être venue dans ma vie. Tu es mon rayon de soleil et tu vas continuer à vivre dans nos cœurs pour bien plus que 2 ans 7 mois et 12 jours. Pour toute notre vie et toute la vie de ce petit bébé que j’ai dans le ventre. Tu veilleras sur le bébé, telle une grande sœur. Merci pour ce magnifique cadeau d’aujourd’hui, tes fleurs sont merveilleuses et magnifiques. Je t’aime mon amour. Et bonne journée ma grande. "

Extrait d'un chapitre: " Mon livre " (écrit au printemps 2007)

J’ai l’impression que tous l’on oublié. Vraiment cette année l’anniversaire me laisse tellement songeuse que j’ai l’idée de raconter ma souffrance. De toute façon j’adore écrire. Je ne me mets pas de pression, je débute juste le projet tout simplement et on verra.

Je ne sais pas pourquoi, mais je suis prête maintenant à partager ce que j’ai vécu, à l’écrire noir sur blanc. Tout d’abord pour moi, pour me rappeler, me reconnecter avec mon deuil. Comme je vais mieux et que je crois que ma boucle c’est bouclée… je ne veux pas oublier, ni tourner complètement la page, je veux que tout reste encré en moi à jamais. Comme si c’était possible d’effacer tout ça. Longtemps j’ai voulu garder ma peine pour garder ma fille vivante. Aujourd’hui je n’ai pas besoin de mes larmes je me suis reconstruite une relation avec elle. Mais c’est agréable de pleurer encore.

Peut-être aussi pour aider d’autres parents, ne serait-ce que juste un. Si je me rends au bout de l’aventure évidemment. Ce que je sais c’est que je me sentais vraiment toute seule lorsque j’étais envahie par la peine. Selon moi, les livres sur le sujet écrient par des parents sont presque inexistants. Peut-être parce que je refusais tout ce qui pouvait me reconnecter à ma douleur, au vide, que j’en n’ai jamais vraiment cherché non plus. Qui c’est…

Là, maintenant, je vais me plonger dedans à plein et revivre l’horreur de sa mort, j’en ai de besoin, ca va me faire du bien. De plus, je crois sincèrement que dans toute cette montagne de souffrance j’ai une belle histoire rempli d’espoir à partager. Parce qu’aujourd’hui j’en ai de l’espoir, aujourd’hui je vis, je suis vivante, je fais confiance à la vie et mon ange est toujours là.

Je vous présente mon soleil

Le soleil c'est ma fille. Sharly

Ma fille est née le 27 mars à 5h44. À l'heure exacte où le soleil c'est levé ce matin là.

Durant la nuit de sa naissance, il avait neigé des gros flocons de carte postale. Ceux que l'on peut attraper et regarder fondre dans notre main avec les millions de petites branches gelées.

La journée de printemps où elle a vu le jour ce fut un ciel tout bleu, sans aucun nuage.

Une jolie petite blonde aux yeux bleus. Un petit ange merveilleux.

Le 8 novembre, après 2 ans 7 mois et 12 jours de vie, elle est décédée.

Depuis ce jour, le soleil me donne le courage et il m'accompagne sur mon chemin... et je sais que même s'il y a parfois des gros nuages il est toujours là.

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